samedi, 06 septembre 2008

Brooklyn vs. Wagner


Voici une semaine très remplie, semaine d'intégration Wagnérienne et d'exploration Brooklynienne qui ne m'ont guère laissé le temps de venir ici en raconter les fragments exquis.

1) i lOOOOOOve Brooklyn.

La troixième chambre de l'appartement de Ridge Blvd vient de se libérer samedi, me permettant de l'envahir et bonne et due forme. Avec à la clef un cession extra-ordinaire de vadrouille/débrouille au fin fond de Brooklyn. Pour équiper une chambre le temps d'une année, je me suis tourné vers les boutiques de la Salvation Army... Tout un tas de meubles très funky et en plutôt bon état parfois, à des prix outrageusement bas. 30$ pour mon lit, 30$ pour une commode quasi-neuve, 20$ pour une grosse table grise monolithique très 70's. J'aurais bien poussé un peu plus loin le chargement, seulement, Jimmy ne pouvait pas mettre tout ça dans son van, et de toute façon, il était fatigué, de mauvaise humeur,
et ne m'aimait pas car je ne suis pas assez "Ghetto". Jimmy est un vieux "delivery guy" avec qui j'ai passé deux heures délicieuses jusqu'à ce que l'on monte toutes mes affaires chez moi. Effectivement, je ne suis pas très "Ghetto", mais je ne me suis pas laissé faire par ce vieux râleur qui voulait m'arnaquer. Il a suffit de lui hurler dessus en répondant à un de ses hurlements pour qu'il cesse de se la jouer "Ghetto".
Mais vu le découpage actuel et changeant du très grand borough de Brooklyn, je comprends assez bien le comportement de ce type qui est né ici il y a au moins 50 ans. Avant, Brooklyn était pour la plupart de ses quartiers "infréquentable", c'est-à-dire bien sûr violent et assez pauvre. Aujourd'hui, on peut se ballader partout, de jour comme de nuit, de façon très agréable et très sure. Aucune crainte de se faire agresser dans la rue, puisqu'il n'y a presque plus de délinquant, et ce, grâce à la politique anti-criminelle de l'ancien maire notamment, Guliani. Je ne me suis pas encore beaucoup informé sur ce grand "nettoyage" des quartiers chauds de New York (Harlem aussi, j'y ai d'ailleurs passé une super nuit dimanche dernier, chez des hispaniques vivant au dernier étage, donc possédant le toît, d'un immeuble de Harlem), mais il semble évident que cette sécurisation consiste surtout en une émulation immobilière, et un flagrand embourgeoisement des quartiers. Quand Jimmy m'en parlait, il estimait que tous les changements survenus à Brooklyn était fondés sur l'ethnicité. Brooklyn est à la base un quartier d'étrangers. Si les quartiers proches de Manhattan sont certes cosmopolites mais très branchés et blancs (cf. le très en vogue quartier Williamsburg, très "hippster" (le hippie moderne, notre Bobo quoi!)), les quartiers comme le mien (Bayridge) sont beaucoup plus monochromes. Le mélange se fait tout de même aux intersections ! Mais, notamment, la 5è avenue est presque complètement mexico-portoricaine, tandis que la 6è est carrément asiatique. J'adore m'y ballader, à toute heure de la semaine, c'est absolument folklorique et ça fait voyager un peu...
Après ces considérations un peu politisées, Brooklyn est de toute évidence un endroit génial, hyper-varié, avec le dynamisme de New York sans l'étouffement qui peut exister entre les grattes-ciels de Manhattan. Grandes rues de "brownhouses" (ces maisons urbaines britanniques avec le petit escalier auquel on ne résiste pas à l'envie de s'y asseoir); grands parcs plongeant sur l'Atlantique, la baie, Manhattan; quartiers "So Crazy, So Pretty" hypers-actifs au coeur de l'attention, avec théâtres, bars boîtes et restos à outrance; et enfin, quartier comme le mien, en plein renouveau mais pas encore sujet à une énorme explosion, où la vie est si agréable... Je n'ai pas encore pris de photos de toutes ces atmosphères plus difficiles à saisir que des paysages, mais je ne manquerais pas de m'y exercer prochainement.

2) The American Campus experience : Crazy Waaaaaaaaaaaag(ner)

Une semaine d'immersion dans ce petit village sur la colline, cet éden pour les 2300 étudiants qui vivent ici dans une communauté qui répond à toutes les images que l'on peut se faire d'un campus américain à travers les films, récits.
Tout d'abord, pour commencer par le moins trash, parlons un peu de mes cours. J'ai d'abord été carrément déconcerté par la section théâtre, très ancrée dans la pratique du commercial/musical Broadway show. En témoignent les auditions pour Anny Get Your Gun, la première comédie musicale de l'année, 20 rôles pour 300 candidats... The struggle ! Dans le format conforme des auditions de ce type, alignements de sourires Freedent, petite chansonnette de 30 secondes accompagnée au piano. Malgré un énorme fou rire (difficile à dissimuler), je me suis tout de même demandé si je ne m'étais pas complètement planté d'endroit. Moi qui avait choisi New York pour de toute autres choses que j'avais eu l'occasion de croiser dans mes trois premières années d'études, j'étais un peu déboussolé. Mais après avoir passé la semaine à me bâtir un programme de cours et de parcours libre, j'ai réussi à retrouver un peu la trace de ces noms qui m'avaient attirés : les héritages de Jerzy Grotowski, du Living Theater, de John Cage, bref, des gens qui avaient mis le feu aux pratiques théâtrales dans les années 60 à 80, et qui ont encore une influence vivante. D'autant plus que j'ai un mémoire à rédiger à l'issue de cette année de Master 1 pour Lyon, même si je vais bien sûr prendre le temps de découvrir ce que recelle vraiment les joies du Musical Theater, c'est plutôt vers ces thèmes de recherche que je me tournerai. Voici donc mon programme de cours:
-Management & the Arts, avec Pr Todd Price, qui fait fureur. Un cours assez participatif, où j'ai souvent l'occasion de passer pour un extraterrestre lorsque l'on me demande de comparer le système français et américain... Si je le veux, ce cours pourrait être l'occasion d'effectuer un stage dans un théâtre new yorkais au second semestre.
-Movements for Performers : sans doute le cours le plus fou et le plus incroyable de mon programme. Deux heures d'échauffement, étirement, et acrobaties ininterrompues pendant lesquelles un professeur cocaïné s'évertue à nous faire accéder à la théâtralité de nos corps. Le but ultime du cours sera d'accéder à des formes de cirques, acrobaties et clowns, pour interpréter le Midsummer Night's Dream de Shakespeare. Mon corps a mis deux jours à se remettre du premier cours, mais après le deuxième, la machine est lancée, et j'ai trop envie de jouer le jeu à fond... C'est l'un de ces moments où c'est vraiment magique de vivre dans une langue étrangère. Quand Pr. Chris Catt se met à nous hurler
des choses que je ne comprends toujours pas, "High V shape ! Hips down ! Roll the hips ! Inside turn ! Backward roll ! Tiger roll !"... "And you jooooog it off!", mais que je réponds tout de même à tous ces ordres, ça m'fait vibrer.
-Stage Directing : un cours de mise en scène dans le théâtre-labo du campus... avec le même prof survolté. Mais comme il hurle pas et qu'il fait des phrases, je comprends mieux. Et d'ailleurs je me trouve plutôt bon.
-"Independant Studies : experiencing America through Dance and Theatre" : sous cet intitulé particulier, c'est un parcours libre que je réalise en très étroite collaboration avec Rusty, le professeur/directeur de la section danse. On a d'abord pensé à ce format de parcours notamment pour me servir de support à la rédaction de mon mémoire, et finalement ça sera l'occasion de déambuler et de découvrir les milles et unes merveilles de la danse et du théâtre à New York, dans les nombreuses spécalités du campus mais surtout dans les innombrables institutions de la City. Je vais me mettre une grosse pression pour faire le maximum de choses dans ce "cours", car Rusty est extrêment enthousiaste
à l'idée d'être ainsi mon tuteur et mon guide un peu partout où l'on décidera qu'il faut que j'aille. On a commencé à s'élaborer un programme de spectacles, et il m'a donné un paquet d'adresses et choses à faire pour explorer le monde du spectacle de NYC...

Blablabla, ce qui vous interresse certainement le plus sur ce College c'est la vie sur un campus américain. Fraternities, Sororities, Homecoming Queen/King, la vie du campus est une véritable culture à part (entière?) à laquelle nous nous
initions de notre mieux. Surtout que les étudiants du théâtre sont particulièrement à la pointe en matière de fête.
On peut vivre soit dans la grande tour de Harbor View (comme Paola), soit dans les immenses et démoniaques "Towers", soit dans les petites maisons réservées au Juniors et au Seniors
(les aînés). Je crois que l'endroit le plus fou du campus, c'est ces labyrinthesques Towers. J'ai dû y passer déjà trois nuits, et je suis toujours incapable de m'y repérer. Pour s'y déplacer, il faut emprunter d'immenses couloirs,
qui tournent en rond plusieurs fois autour d'eux-mêmes, monter des escaliers, traverser d'autres couloirs, descendre d'autres escaliers,...On finit par avoir le vertige, ne plus savoir son Nord de son Sud, son haut de son bas. Et c'est vrai que dans ces Towers, on finit souvent la tête à l'envers. La première fois, c'est Victoria, une petite comédienne survitaminée de ma classe qui nous a embarqués, Alice et moi, dans une ballade de deux heures dans les grands lieux des Towers, notamment les salons de la sororité Tau Kappa Sigma, d'autres fraternités, les chambres d'étudiants divers. Il y a aussi les Suites des équipes de sport, un autre genre de "privilège". Dès que le jour s'en va, les Towers s'animent d'un esprit de fête dément, ça court dans tous les sens, ça danse et ça chante. Je commence à me faire des amis charmants, je vais essayer de les prendre en photos en pleine activité afin de commencer mon étude sociologique.

Voilà, à part ça, mardi prochain je commence à dispenser mes cours de français à 10 élèves ! Si vous avez des idées ludiques pour animer ce genre de cours oral, n'hésitez pas...
J'avais pensé à les faire chanter en français ! Ces cours sont rémunérés 9$ de l'heure, ce qui me donne l'impression et la responsabilité de devenir un véritable professeur.
Voilà, nous sommes samedi, je vais prendre une douche et filer vers le MoMa ou la Performing Arts Librairy du Lincoln....
A bientôt!

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