FRENCHIES’ GETAWAY IN BOSTON
Grâce à « Colombus Day », une des holidays célébrant la fondation de l’Amérique, une petit week-end prolongé mi-octobre, le Fall Break, Alice, Paola et moi avons décidé de partir découvrir Boston (re-découvrir pour ma part, puisque j’y avais déjà mis les pieds quand j’étais un expatrié de 8 ans. Mais je ne garde de ce voyage-là que le souvenir d’avoir affligé mes parents lorsque nous avons mangé dans un restaurant panoramique et que j’ai redécoré les fauteuils. Bref, passons…). Voyage à moindre coût : les chinatown bus (bus opéré par les chinois, pour les chinois, depuis les quartiers chinois) sont beaucoup moins effrayant que ce que l’on a pu nous raconter, et le voyage se passe sans tumulte, si ce n’est qu’il faut 2 bonnes heures pour simplement sortir de la ville de New York… Normal ! Donc Aller-retour pour 30$, et hébergement chez l’habitant : Allan, étudiant de la Boston University (et membre de la Rowing Team, l’équipe d’aviron, comme moi quand j’avais 13 ans sur le lac d’Enghien-les-Bains !), nous accueille dans ce charmant (mais petit !) studio du 15, Commonwealth Avenue, en plein cœur de la ville.
L’état du Massachusetts, plus généralement la région de New England, bénéficie du climat du nord de l’Est américain. Comme au Canada, l’automne est un Eté indien, ce qui a pour principal atout la couleur : comme dans les pubs pour Schwarzkopf Color, les arbres rougissent, roussissent, orangissent, jaunissent, et toute la ville et la campagne s’affublent de ce magnifique panache rouge-orangé-ocrâtre (Pac la coloriste n’y trouverait pas une seule « faute de goût » dans la palette de dame Nature !). Cela donne à l’automne une atmosphère particulièrement chaleureuse, et permet à la population de s’épanouir au mois d’octobre. Il faudrait importer ces couleurs et cette chaleur en France, pour changer de la grisaille moite de nos mois d’automne-novembre, pendant lesquels tout le monde se prépare assidûment à devenir un dépressif hibernateur !...
Bref, nous avons profité de ces quelques jours comme de vrais vacances, en déconnection complète avec notre bulle new yorkaise, même si Boston est finalement un petit New York, avec ses petits gratte-ciel/financial district, ses petits quartiers portuaires, sa petite mégalopol’mania quoi ! Ville de fondation, des premiers « settlers » européens, la ville garde largement un goût du Vieux continent. Au programme des Frenchies, évidemment, beaucoup, beaucoup de marche. Les incontournables du monde étudiant : visite du Massachussets Institute of Technology et de Harvard. Harvard est effectivement une grande ville d’étudiants d’élite, impressionnant. Grâce à notre hôte, nous nous sommes incrustés dans des soirées étudiantes, passé une bonne nuit de folie décadente en compagnie de jeunes Bostoniens surexcités. En fin de séjour, finalement, une journée de visite de Salem, la « Witch City », quoi de mieux en ce mois d’Halloween ! Salem est mondialement connue pour être la ville qui a pendu/torturé/brûlé un nombre impressionnant d’hommes et surtout de femmes pour crime de sorcellerie. C’étant en fait une des folies de la population extra puritaine du XIXè, dans une quête éperdue de boucs émissaires. La ville est maintenant une grande attraction touristique, dont nous avons profité en nous y rendant par Catamaran à grande vitesse. Une grosse journée de délire en déambulant parmi tous les attrapes touristes pas très sophistiqués mais très très marrants de la ville. Maisons hantés, reconstitutions des « witch trials », les procès de sorcière, essais de déguisements en tout genre,… On a joué le jeu comme des gosses !!
THEATER FOR THE NEW CITY
De retour in The City, je suis enfin convoqué pour un entretien dans le théâtre que j’avais visité il y a quelques temps, l’institution Off-Off Broadway du Lower East Side (ou plutôt East Village, les frontières sont floues). Je rencontre Crystal Field, directrice artistique du lieu depuis 30 ans ( ! ), je vend mes talents dramaturgiques et managériaux de mon mieux, et je commencer illico-presto à travailler avec elle. C’est bon, j’ai dégoté mon stage, trouvé ma place !
Côté administratif, je vais participer au Development du lieu. Dans les entreprises culturelles américaines, qui ne sont pas subventionnées par l’argent public comme en France, le terme développement fait référence à la course effrénée de la quête de fond. Argent privé, quelque fois public tout de même, le fundraising est la mission clef des directeurs culturels ici. Non seulement pour trouver de l’argent afin de faire fonctionner la machine, mais aussi pour positionner son institution sur le marché et dans la communauté. Pour ma part et pour l’instant, essentiellement deux aspects ; tout d’abord, le théâtre entame un grand projet nommé « Capital Project », volonté de rénover l’architecture de ce lieu, beau et original, mais effectivement un peu vieillissant.
Le théâtre est articulé, sur ses deux niveaux, autour d’un lobby/ galerie d’exposition, depuis laquelle on accède aux quatre petites salles de spectacle. La galerie, en libre-accès, libre-déambulation et libre-squattage, est très agréable, offrant mille choses au regard, entre l’architecture irrégulière, les nombreuses œuvres exposées, et les fresques du sous-sol. Bref, le plan de réaménagement prévoit de repenser un peu cette galerie, pour mieux la consacrer à ses expositions, et de moderniser les salles de spectacle. Et aussi, le projet « Green Roof » : rendre les toits possédés par le théâtre plus accessibles, et en faire des espaces verts, des poumons écologiques réchauffant les lieux l’hiver et les rafraîchissant l’été.
Autre projet du nouveau directeur du développement (qui commence en même temps que moi), une sorte de consortium avec les théâtres du Lower East Manhattan, qui ont pour point commun de dater des grandes mutations sociales des 60’s-70’s, et de se concentrer sur des questions politiques et sociales de leur société américaine… Notamment le Living Theatre, un des théâtres qui figurera probablement au cœur de mon mémoire de Master. Bref, le TNC réfléchit actuellement à cette association en vue de postuler à un fond public de la ville de New York qui vient d’être débloqué pour les matières d’éducation (les établissements culturels américains bénéficient de l’exemption de taxe au titre de l’ « éducation », justement) et développement des publics.
Je vais donc me frotter à toutes ces questions cruciales dans mon stage au TNC, mais aussi participer à toutes activités de la maison. Et pour l’instant, c’est la préparation d’Halloween ! Je vous parlais dans la précédente chronique de la parade du 31 octobre dans le West Village, et c’est justement le TNC et Crystal Field qui l’ont créée, et dirigée pendant trois ans, il y a moult années j’imagine. Le programme du 31 octobre auquel je participe est énorme, scène de concert dans la rue, pièce en extérieur, et grouillement de cabarets et d’activités pittoresques au sein du théâtre ! Certes je vais donc travailler le jour de mon anniversaire, mais je pense que ça vaut largement le coup…
Je travaille donc trois jours par semaine au TNC (et bien souvent le week-end), continuant d’assister à mes cours au Wagner le mardi et le jeudi. Rusty, le tuteur de mon « Independant Study », est très content pour moi, et a tout de suite accepté de faire compter ce stage dans mes crédits à la fac (et même, si ça vaut le coup, de me permettre de devenir stagiaire à plein temps au second semestre). On a d’ailleurs entamer nos programmes de sorties au théâtre ensemble, ce qui me permet de le rencontrer en dehors de son bureau du campus, et de passer de très bons moments en sa compagnie. Rusty est le directeur de la section Dance du Theatre Department au Wagner, c’est un ancien danseur d’une troupe assez hallucinante, avec laquelle il a fait le tour du monde il y a quelques années (quelques, ou plus en fait…).
LA PAGAILLE A RIDGE BOULEVARD
Notre charmant et tranquille appartement de Bay Ridge semble en ce moment traverser quelques zones de turbulences, rien de bien grave, mais quelques incidents amusants. Craig, le peintre du Nebraska, nous a donc quitté la semaine dernière pour rejoindre sa bien aimée dans sa région natale, et nous avons accueilli Shawn, photographe de Denver, en espérant qu’un atelier de photo soit moins bordélique qu’un atelier de peinture ! Cf. les photos du déménagement de Craig, et le dégoulinement de sa déchetterie d’artiste partout dans le salon. Pittoresque !
Quand je suis rentré de Boston, Patricia la vénézuelienne, me prévient de faire gaffe sous la douche, le plafond semble accoucher. Ca ne manque pas. 10 minutes plus tard, elle pousse un cri d’enfer, j’entends un gros carnage, le plafond s’est répandu partout dans la baignoire, et la petite salle de bain verte semble bien moins harmonieuse que d’habitude. Cf. photos du sinistre.
Notre immeuble est équipé d’un chauffage centralisé à eau (ou à vapeur, enfin je sais pas comment on qualifie ça, c’est comme ces gros chauffages à tuyaux dans les salles de classe)), et ce samedi matin je me rend compte que l’embout de celui de ma chambre fait un petit bruit de cocotte-minute. Ne sachant pas encore que c’est normal, je manipule un peu l’objet, qui siffle de plus en plus et fait instantanément chauffer à fond la bête (normal, j’évacue l’air, donc la machine se charge de vapeur et chauffe… Mais mois j’arrêté la physique en seconde, j’en sais rien), et le vissant dans le mauvais sens, il explose, et le radiateur se transforme en énorme Kärcher/Vaporetto qui transforme ma chambre en sauna et arrose mon lit. A 8h du mat voilà Pchemek* et Patricia, qui, réveillés par le carnage, arrivent dans ma chambre, essaye de revisser l’embout, mais c’est impossible car la pression est trop forte, et en plus ça brûle ! Finalement Pchemek en vient à bout et me donne quelques consignes de base pour utiliser cet horrible chauffage… (J’ai pas de photo, pour le coup c’était un peu trop l’urgence !)
Enfin, pour me réconforter quand je sors la tête par la fenêtre pour fumer ma clope (Shh ! Personne ne le sait !), je me suis fait deux nouveaux amis à la fenêtre du 3 étage, deux petits chats qui ne cessent de m’épier. Je trouve ça mignon mais tout de même un peu inquiétant, ces deux créatures qui me dévorent du regard, et qui font leur apparition à quelques jours d’Halloween… Ce qui semble petit et mignon pourrait bien s’avérer être une nouvelle malédiction sur ma demeure… Cf . Photos des charmantes bêtes.
*Oui, mon colloc polonais que j'avais présenté comme se prénommant Mike n'utilise en fait ce surnom qu'au bureau. J'écris son vrai nom comme il se prononce, Pchemek, en fait ça s'écrit Przmelvska, ou quelque chose comme ça. J'étais super géné quand il me l'a dit et que je lui ai fait répété 15 fois son prénom car je ne comprenais pas. Bref.